Les relations entre Alger et Niamey tournent définitivement la page d’une année de brouille. Le président de la République du Niger, le général Abdourahamane Tiani, effectue ce dimanche 15 et lundi 16 février 2026 une visite officielle en Algérie, répondant ainsi à l’invitation lancée par son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune. Un déplacement lourd de symboles et d’enjeux.
L’information, confirmée hier samedi par un communiqué de la présidence algérienne, a la précision des tournants diplomatiques. Le chef de l’État nigérien, à la tête d’une «délégation importante», entame une «visite d’amitié et de travail» de deux jours dans la capitale algérienne.
Une formule protocolaire qui ne doit rien au hasard : elle conjugue la chaleur des retrouvailles entre voisins et la densité des dossiers à traiter.
Ce sommet bilatéral est l’aboutissement d’un processus de normalisation engagé ces dernières semaines avec une détermination visible des deux côtés. Il y a tout juste un mois, le ministre algérien de l’Énergie, Mohamed Arkab, se rendait à Niamey pour poser les premières pierres économiques du rapprochement, en particulier sur le dossier stratégique du champ pétrolier de Kafra et du gazoduc transsaharien .
Le 12 février, le président Tebboune ordonnait le «retour immédiat» de l’ambassadeur algérien à Niamey, au lendemain de la réinstallation de son homologue nigérien à Alger. Une décision prise «en considération de l’importance particulière accordée par le chef de l’État au renforcement des liens de fraternité, de coopération et de bon voisinage», selon le ministère des Affaires étrangères.
Ces gestes diplomatiques croisés ont créé le terreau fertile de la rencontre au sommet qui s’ouvre ce dimanche.
Une visite aux objectifs stratégiques clairs
Selon la présidence algérienne, cette visite vise à «consolider les liens de fraternité, de coopération et de bon voisinage entre les deux pays frères, dans le cadre d’une nouvelle dynamique pour une meilleure exploitation de leurs capacités et potentialités, au profit des peuples algérien et nigérien».
Au-delà des déclarations d’intention, les dossiers concrets ne manquent pas. Les deux chefs d’État devront aborder la relance des projets énergétiques communs, la sécurisation des frontières dans une région sahélienne toujours sous tension, et la coordination des positions au sein des instances continentales .
La visite sera également «l’occasion de traiter des questions politiques relatives au continent africain en général et au voisinage sahélo-saharien en particulier». Une formulation qui englobe aussi bien la lutte contre le terrorisme que les grands équilibres régionaux, dans un contexte où les alliances se recomposent autour du noyau dur que forment les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) – Niger, Mali, Burkina Faso.
Un rapprochement qui redessine la carte sahélienne
Cette visite intervient après une année 2025 marquée par des tensions diplomatiques sans précédent entre Alger et les capitales de l’AES. La crise avait été déclenchée par l’incident du drone malien abattu par l’armée algérienne en avril 2025, provoquant le rappel des ambassadeurs des trois pays sahéliens et une réponse symétrique de l’Algérie .
Si les relations avec Bamako restent « glaciales », selon les observateurs, Alger a clairement choisi de privilégier le canal nigérien pour renouer le dialogue avec son voisinage immédiat . Une stratégie qui pourrait permettre à l’Algérie de maintenir une présence et une influence dans un espace sahélien en pleine mutation, sans pour autant remettre en cause la souveraineté des nouvelles alliances régionales.
La rencontre de haut niveau qui s’ouvre ce dimanche scelle ainsi une réconciliation pragmatique entre deux pays que tout – la géographie, l’histoire, les défis sécuritaires et les intérêts économiques – pousse à
travailler ensemble. Reste à traduire cette volonté politique affichée en projets concrets et en coopération durable sur le terrain. Les prochains mois diront si cette embellie diplomatique résiste à l’épreuve des réalités sahéliennes.
Farid B.

