Hommage:La Cinémathèque algérienne, 61 ans de mémoire et de renaissance

La Cinémathèque algérienne a célébré son 61e anniversaire dans une atmosphère empreinte de reconnaissance et de ferveur culturelle.
Dimanche dernier, une cérémonie a rendu hommage aux bâtisseurs de cette institution, figures emblématiques et employés qui ont consacré leur vie à préserver et transmettre l’héritage du 7e art en Algérie. Le directeur du Centre national du cinéma, Adel Mekhalfia, a salué la mémoire de ceux qui ont marqué l’histoire de la Cinémathèque, parmi lesquels Ahmed Hocine, Boudjemaa Karech, Lyes Semiane, Ahmed Bedjaoui, Ahmed Benkamla, Hacen El Hadj, Salim Aggar, ainsi que des employés dévoués tels que Khadra Boudhane et Boualem Bouhoufen.
À cette occasion, un court-métrage intitulé Boualem a tout entendu, réalisé par Aziz Boukrouni et Khaled Bounab, a été projeté en hommage à Bouhoufen.
Fondée en janvier 1965, la Cinémathèque s’est imposée comme un espace de diffusion et de conservation des œuvres cinématographiques. Son réseau s’est progressivement étendu à travers le pays, avec des salles à Batna, Sidi Bel Abbès ou Tizi Ouzou, où les conditions de projection demeurent fidèles aux standards du cinéma.
Outre la présentation des nouvelles productions nationales, ces lieux continuent d’accueillir des ciné-clubs, perpétuant une tradition de débats et de découvertes. Plus récemment, la création d’une revue cinémathèque a ouvert la voie à une plateforme de réflexion et de dialogue autour de la relance du cinéma algérien.
Dans son allocution, Mekhalfia a rappelé que la Cinémathèque fut longtemps considérée comme un véritable temple du 7e art, un patrimoine vivant où des générations d’Algériens ont découvert les chefs-d’œuvre du cinéma mondial.
Le réalisateur et critique Ahmed Bedjaoui, qui y a travaillé entre 1966 et 1972, a témoigné de l’importance de cette institution dans sa formation, évoquant les rencontres marquantes avec des cinéastes de renom tels que Youssef Chahine, Joseph Losey, Nicholas Ray ou Salah Abou Seif.
Hacen El Hadj, pour sa part, a rendu un hommage appuyé au premier directeur, Ahmed Hocine, qu’il a décrit comme un bâtisseur visionnaire, animé par l’amour de l’art et du pays. Grâce à lui, la Cinémathèque conserve encore aujourd’hui son statut d’espace de liberté absolue.
Khadra Boudhane, qui y a exercé pendant quatre décennies, a rappelé que nombre de réalisateurs algériens y ont appris leur métier et que la salle a accueilli les plus grands noms du cinéma international. Elle a également souligné le rôle d’Ahmed Hocine, moudjahid, qui avait recruté d’anciens condamnés à mort, témoignant de la dimension humaine et militante de l’institution.
Cette célébration a ravivé la mémoire d’une odyssée culturelle unique, déjà retracée par la journaliste Nadia El Kenz dans son ouvrage publié en 2003.
Plus qu’un anniversaire, il s’agit d’une renaissance, confirmant que la Cinémathèque algérienne demeure un lieu de transmission, de liberté et de passion cinéphile, fidèle à sa vocation de gardienne du patrimoine et de catalyseur du cinéma national.
A. S.