Visiblement, il n’y a pas que Bruno Retailleau qui fait porter à l’Algérie la responsabilité de la crise diplomatique avec la France. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a lui aussi, honteusement reproché aux autorités algériennes d’être responsables du blocage, oubliant que c’est bien Paris qui a relancé les hostilités au lendemain de son déplacement à Alger, il y a un mois. « À ce stade, la situation est bloquée et c’est la responsabilité des autorités algériennes », a déclaré, hier, le chef de la diplomatie française, qui intervenait sur les ondes de la radio RTL. Barrot qui répondait à une question concernant l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, a affirmé que ce dernier était « toujours à Paris » depuis son rappel la mi-avril, par le Président Emmanuel Macron.
À écouter le ministre français des AE, la fin de la crise entre l’Algérie et la France, n’est pas pour demain, d’autant que les deux parties n’arrivent toujours pas à reprendre langue, suite aux expulsions de diplomates de part et d’autre. Une démarche qui « ne facilite pas la prise de contact », a expliqué Jean-Noël Barrot, qualifiant de « violente » la décision d’Alger
« d’expulser 12 de nos agents » et à laquelle, a-t-il ajouté, « nous avons répondu avec la plus grande
fermeté ». Toutefois, ce que Barrot omet de préciser, c’est que les autorités algériennes n’auraient pas expulsé des diplomates français, de surcroit relevant du ministère de l’Intérieur de Retailleau, les déclarants persona non grata, s’il n’y avait pas au préalable une provocation de trop. En effet, au lendemain de la visite du chef de la diplomatie française en Algérie, le 6 avril, tout allait rentrer dans l’ordre avant que ne survienne l’arrestation d’un agent consulaire algérien à Paris, dans le cadre de l’affaire liée au prétendu enlèvement et séquestration de Amir DZ. Une arrestation sur la voie publique «spectaculaire » et qui « fait fi de toutes les règles liées aux privilèges et à l’immunité d’un agent consulaire », avait protesté l’Algérie, le 15 avril, par la voie du secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé de la Communauté nationale à l’étranger, Sofiane Chaib, annonçant l’expulsion de 12 agents consulaires français du sol algérien, tous relevant du ministère français de l’Intérieur.
Plus encore, elle n’a pas été avec le dos de la cuillère pour désigner le seul responsable de cette situation et du bras de fer qu’il a assumé, voulant exploiter la crise à des fins personnels : en l’occurrence Bruno Retailleau. « Cette situation a été provoquée par le comportement du ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau, seul responsable de la dégradation des relations algéro-françaises », avait déclaré Chaib.
C’est dire combien le chef de la diplomatie française a raté sa sortie médiatique d’hier, en se trompant de cible à désigner du doigt, montrant les autorités algériennes au lieu de Retailleau.
N’a-t-il pas d’ailleurs adressé un message en filigrane à ce dernier en expliquant qu’en France «nous avons intérêt (…) à ne pas faire de l’Algérie un sujet de politique intérieure » car, a-t-il estimé, «lorsque nous le faisons, nous prenons le risque de causer du tort à nos compatriotes franco-algériens, et c’est lorsque la relation est à peu près équilibrée que l’on obtient des résultats ». Là, Barrot s’est corrigé sans qu’il ne se rende compte !
Farid B.
Sur la «responsabilité» dans la crise Algérie-France: Quand Barrot se trompe de cible !
