66 ans après Gerboise bleue: L’Algérie exige toujours vérité et justice

Soixante-six ans ont passé, mais la terre de Reggane porte encore les stigmates invisibles de l’explosion. Ce 13 février 1960, la France faisait sauter sa première bombe atomique dans le Sahara algérien, inaugurant une série de 17 essais nucléaires atmosphériques et 41 souterrains qui allaient marquer à jamais le sud du pays. Le ministre des Moudjahidine et des Ayants-droit, Abdelmalek Tacherift, a présidé jeudi à Reggane la commémoration de cet anniversaire douloureux, rappelant que cette région demeure « un témoin vivant du lourd tribut, de sang versé et de destructions, payés par le peuple algérien pour le recouvrement de sa dignité, sa souveraineté et son indépendance ».
Dans une allocution empreinte de gravité, en présence des autorités locales et de la famille révolutionnaire, le ministre a ravivé la mémoire de « l’abject crime nucléaire dévastateur, aussi bien pour l’Homme que pour l’environnement, mené ce sinistre 13 février 1960 et suivi d’autres explosions nucléaires superficielles, constituant un chapitre sombre du génocide perpétré par le colonialisme ».
Des mots qui résonnent avec force dans cette région où l’opération « Gerboise bleue » a libéré une puissance de 70 kilotonnes, un chiffre effroyable qui dépassait à lui seul le cumul de tous les essais nucléaires alors réalisés par les autres puissances atomiques.
Cette commémoration n’est pas qu’un geste rituel.
Elle est l’affirmation solennelle du « caractère imprescriptible, incontestable et inextinguible des crimes commis par le colonialisme français, que ce soit à Reggane ou dans toute autre région du pays », a souligné M. Tacherift.
Et d’ajouter, avec une fermeté qui ne laisse place à aucune ambiguïté, que « toute tentative de tergiverser sur ces faits ou de blanchir ces crimes ne font qu’enraciner et consolider notre mémoire nationale, notre détermination et notre conscience, par fidélité aux martyrs ». Car derrière les chiffres et les dates, il y a d’abord des vies humaines. Des générations entières continuent de payer le prix de la folie atomique française. Les populations du Hoggar et du Tassili, qui n’avaient pas été évacuées, ont été exposées aux retombées radioactives. Les conséquences sanitaires se lisent aujourd’hui dans la chair des habitants : cancers en tous genres, malformations congénitales et génétiques, troubles endocriniens ayant entraîné une propagation alarmante de la stérilité dans toute la région.
La France, qui poursuivra ses essais jusqu’en 1966 à Reggane avant de les déplacer à In Eker jusqu’en 1967, n’a jamais daigné fournir les données techniques, les plans et les documents d’archives relatifs aux sites d’enfouissement des déchets radioactifs. Face à ce mur de silence et de déni, l’Algérie a choisi la voie de la dignité et de la mémoire institutionnalisée. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a élevé la question mémorielle au rang de « question souveraine non négociable ». Une loi criminalisant le colonialisme français a été promulguée, affirmant dans son contenu que les crimes coloniaux documentés exigent reconnaissance et réparation, constituant un « droit historique non sujet à l’oubli ni à la renonciation ». Ce choix national, clair et assumé, inscrit la consolidation de la mémoire nationale dans un dispositif juridique durable et ancre dans la conscience collective de la Nation l’exigence de justice.
La journée de commémoration à Reggane a débuté par un recueillement sur la place des martyrs, avec dépôt d’une gerbe de fleurs et lecture de la Fatiha du saint Coran. Un semi-marathon a été donné, symbole de la vie qui continue et de la résilience d’un peuple qui refuse d’oublier. Le ministre a également visité l’annexe du musée qui documente les explosions nucléaires de Reggane, écoutant une présentation technique sur la possibilité de son extension pour en faire un musée thématique. Un projet essentiel pour que les générations futures puissent mesurer l’horreur et les atrocités perpétrées contre l’homme et la nature. Le programme se poursuit à l’Université d’Adrar, où le ministre doit présider l’ouverture du 7e séminaire sur les explosions nucléaires françaises dans le Sahara algérien. Des établissements éducatifs seront baptisés, des visites rendues à des moudjahidine et à une veuve de chahid. Autant d’actes qui tissent le lien entre le devoir de mémoire et la transmission aux jeunes générations.
Des juristes et des experts poursuivent inlassablement leurs efforts de documentation pour réunir les preuves et les témoignages attestant que les essais nucléaires dans le sud algérien ont affecté une large population civile, contredisant ainsi les allégations françaises. Les actions en justice intentées contre l’État français dans ce dossier constituent une pression effective qui contraint progressivement la France à reconnaître ses crimes et ses actes. La voie est longue, semée d’obstacles, mais elle est désormais tracée.
Quand bien même la France tarderait à reconnaître sa responsabilité historique, juridique et morale face aux crimes barbares qu’elle a commis contre le peuple algérien durant des décennies, elle ne parviendra jamais à effacer les stigmates de son forfait. L’histoire retiendra que la France, en quête d’accession au rang des puissances nucléaires mondiales, n’a pas hésité à commettre en Algérie des crimes abjects contre l’humanité, disséminant sur son passage une contamination radioactive massive.
Et quand bien même Paris n’aurait toujours pas divulgué les archives et le dossier complet qu’elle retient sur les essais nucléaires au sud algérien, permettant d’évaluer l’ampleur des dommages et d’y remédier, l’histoire transmettra aux générations futures l’horreur et les atrocités perpétrées.
La commémoration de cette douloureuse mémoire par le peuple algérien constitue la pierre angulaire qui fera échouer les manœuvres françaises visant à occulter l’histoire de ses crimes en Algérie.
En se remémorant les images de la dévastation causée par Gerboise bleue, les Algériens remettent
sur le devant de la scène la totalité des près de 57 explosions nucléaires françaises, au moment même
où la France s’entête dans son déni.
Mais le peuple algérien, fidèle aux valeurs des martyrs et aux idéaux de la glorieuse Révolution de Novembre, continue sa marche sur la voie du progrès, uni autour de ses institutions nationales, sans jamais accepter que le dossier de la mémoire soit sujet à l’oubli. Car la fidélité aux martyrs exige que la vérité éclate, que la justice soit rendue, et que le crime nucléaire français reste à jamais gravé dans la mémoire collective comme ce qu’il est : un crime contre l’humanité, imprescriptible .
Farid B.